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Questionner le monde[1] c’est s’emparer collectivement d’un projet, un concept, une théorie, un phénomène social ou culturel, etc., selon des méthodes actives de délibération et moyennant l’intervention d’un tiers. C’est enquêter sur un sujet au sein d’un petit groupe de volontaires, en partant des questions que chacun met sur la table.

C’est progresser dans un labyrinthe où se confrontent les savoirs actuels du groupe, ses désirs de savoir, ainsi que des savoirs distants (« savants » ou non), que nous obtenons après documentation (essentiellement via internet). C’est apprendre à délibérer autour des questions que nous nous posons, à se frotter aux opinions des autres, dans un contexte où l’harmonie des vues des uns et des autres n’est pas courue d’avance. Bref, c’est se risquer dans l’espace peu exploré du penser ensemble.

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L’idée est que nous ne questionnons pas (suffisamment) le monde de façon collective. Nous n’apprenons pas à le faire à l’école[2], et encore moins après ! Nous souffrons d’un manque de culture du questionnement collectif qui non seulement a pour effet de nous rendre perméables à toutes sortes de préjugés, d’illusions, d’idéologies, il a aussi pour effet de nous crisper sur des positions idiosyncrasiques[3], ignorants que nous sommes des vertus de la confrontation d’idées.

Questionner le monde est ainsi une matrice d’animation universelle, ouvrant sur une palette indéfinie d’interventions : enseignement ouvert[4], concertation, consultation d’une population, etc. — tous dispositifs nécessitant documentation et délibération collective. Questionner le monde est particulièrement adapté pour les questions sensibles, voire clivantes, requérant un travail d’interprétation[5] et de médiation.

J’y interviens comme tiers organisateur, médiateur impliqué.

En savoir plus sur le QM :



[1] « Questionnement du monde » est une expression que j’emprunte à Yves Chevallard, formateur à l’IUFM d’Aix-Marseille, nom qu’il donne au paradigme éducationnel qu’il souhaite voir venir en remplacement du paradigme actuel qu’il nomme la « visite des œuvres ». Pour plus d’informations sur cette histoire de paradigme, voir cette page-ci

[2] C’est l’option que je partage avec Chevallard, qui fait du « Questionnement du monde » le paradigme de l’indispensable transformation du modèle scolaire actuel (lequel considère que le savoir n’est pas à construire puisqu’il est déjà « déposé » dans des œuvres existantes).

[3] Ce que je veux dire en utilisant ce terme, c’est qu’il y a aussi une certaine bêtise aussi à vouloir maintenir des idées qui nous seraient propres au sein du « troupeau ». Idios, qui donne « idiot » en grec, veut d’abord dire « singulier ».

[4] Il est possible de faire questionner le monde à des étudiants, et de mettre certains d’entre eux en situation de « directeurs d’enquête ».

[5] Ainsi, on ne "questionnera" pas "le monde" sur des questions scientifiques et techniques, à l'exception des situations où la compréhension scientifique a un intérêt pour une appropriation "citoyenne" des sciences.  Exemple : que faut-il savoir des techniques de manipulation génétique pour statuer sur les OGM ?